Cagots, capots ou crestias.

Beaucoup de questions se posent encore sur le groupe social formé de ceux qui étaient appelés "cagots", "capots" ou " crestias". D'après M. É. Loubès, les cagots devaient user à l'église d'une porte, d'un bénitier, d'une table de communion séparé. Dans la vie civile, ils étaient presque tous "charpentiers, bûcherons, charrons, menuisiers, tonneliers, en somme travailleurs du bois, au point que, aux XVIIè et au XVIIIè siècles, les parlements de Bordeaux et de Toulouse imposeront de les appeler charpentiers, jugeant le terme de cagots ou capots infamant.
En fait, ils étaient tenus pour lépreux et on les traitait comme tels ou, si l'on préfère, comme des pestiférés. Ils n'avaient pas le droit de faire du commerce.
«On ne sait pas encore aujourd'hui qui ils étaient, ni d'où ils venaient "remarque Mme Charpentier dans son ouvrage sur La sorcellerie au Pays basque. Ils étaient mal nutris et avaient l'air maladif" Ils n'avaient le droit de travailler que le bois et la pierre, et il était admis qu'ils souillaient tout ce qu'ils touchaient d'autre». Exclus des assemblées, il leur était interdit sous peine de châtiment «de se méler à la population, soit aux églises, marchés et autres lieux publics». Ils entraient à l'église par une petite porte qui leur était réservée. «Il devait prendre l'eau bénite dans une vasque spéciale».
A Ascain, cette petite porte est étroite et basse et se trouve sur la façade latérale nord. A Baïgorry, sur la façade sud, à droite de la grande porte qui mène aux tribunes. A Saint-Jean-de-Luz, au fond des galeries.
Dans leur commun ouvrage MM. Ouerreau et Guy citent un arrêt confirmant, à Saint-Pée-de-Nivelle, en 1596 l'humble position des cagots
«... ne pareilhement prendre aulcune place en icelle esglize que celle qu'eux et leurs prédécesseurs ont accousturné avoir, scavoir: les hommes qui sont de la dicte qualité sur les degretz de l'échelle par laquelle on monte dans la galerie de ladite esglize, et les fames au baz des dictz degretz et joignant iceulx».
S'il apparaît que, d'une mani§re générale, les cagots étaient admis dans la communauté catholique, puisqu'ils participaient aux sacrements et aux offices paroissiaux - les seules assemblées où ils se rendissent - ils devaient y supporter une restriction non pas spirituelle mais physique et sociale. Le motif, peut-être sanitaire, nous en est encore obscur. L'arrét précité montre ces gens placés à l'église dans une position instable et inconfortable: les hommes sur les marches, les femmes au pied de l'escalier des tribunes. Ils étaient isolés ensemble mais devaient respecter aussi la séparation des sexes dans la forme traditionnelle, le tout dans un entre-deux hautement symbolique. A part l'ostracisme qui frappait les cagots, les classes humbles de la population n'étaient pas marquées autrement que par les places réservées aux quelques personnalités les plus éminentes. Dans certaines églises, on remarque dans les tribunes les places réservées aux notables, comme nous l'a confirmé verbalement M. l'abbé Pierre Ugartemendia, de la Commission d'Art sacré du diocése de Bayonne.

LOUBES, G..,L'énigme des cagots, éd. Sud-Ouest, Bordeaux, 1995, 189 pp., p. 61.
CHARPENTIER, J., La Sorcellerie au Pays basque, L”brairie Guénégaud éd., Paris, 1977.
GUERREAU, A., et GUY, Y., Les Cagots du Béarn, éd. Minerve, 1988, 234 pp., Cou. "Les Voies de l'histoire ".
Doct.d'Hist.de l'Art CLOUZET-LLORENS uni.Toulouse le Mirail Nov 1999

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