L'indissociable chaîne de la vie
La montagne pyrénéenne a, comme tout milieu naturel, son propre écosystème. L'existence de plantes ou la présence de certains animaux ne doit souvent rien au hasard. Chacun contribue, à sa manière, à auto réguler un environnement qui fonctionne depuis très longtemps. Ainsi l'analyse de la répartition des tâches entre rapaces et charognards est elle édifiante.
En quelques battements d'ailes, il déchire le ciel. Le plus majestueux des rapaces, l'aigle royal, parcours chaque jour son domaine. Un territoire qui s'étend généralement sur une surface de 75 à 200 km 2
Bien calé en haut d'une paroi, son nid de forte taille, architecturé avec des branchages et beaucoup de méthode, témoigne de la puissance de l'animal. Il est à l'air ce que l'ours est à la forêt, une bête mythique qui semble invulnérable tant elle impose le respect. Cet oiseau de proie se nourrit de lièvres, de renardeaux, d'oiseaux, de marmottes et parfois de serpents. Un régime alimentaire de monarque. Les autres se contentent de moins. Mais lui a la force, la puissance, la rapidité la vista et... la patience des grands chasseurs. Il peut rester très longtemps perché sur un promontoir, à l'affût. Et puis il voit. A la vitesse de l'éclair, il fond sur sa proie. Le combat est inégal, l'aigle est trop fort. Bon prince, il ne se nourrit que des meilleures parties de la victime, laissant le reste À la curée, aux charognards.
A l'inverse des prédateurs, ces oiseaux ne tuent pas leur proie. Ils sont là pour faire le ménage. Bien sûr, d'un point de vue moral, on aurait de quoi se gausser de ces nettoyeurs de fortune (d'où un certain nombre d'expressions négatives autour des mots charognard, vautour). Mais, sans eux, l'eau si pure des torrents montagnards deviendrait vite le refuge des bactéries et microbes. Souillée en amont, l'eau bue en aval par les troupeaux de brebis ou de vaches modifierait considérablement l'écosystème de la vallée. Jusqu'à l'homme sans doute. L'analyse du rôle de ces oiseaux épurateurs est significative, car une même charogne attire de nombreux intéressés. En quelque sorte, chacun est spécialisé. On connaît tous les vautours, ces oiseaux qui vivent en colonie. Dans les Pyrénées, les vautours fauves (à cause de leur cou pelé) s'occupent des grosses carcasses d'animaux (vaches, moutons, isards...) mais peuvent se satisfaire de plus petit en période de disette.
Leur méthode est bien particulière. Un éclaireur à l'Ïil perçant (À 3700 mètres, il voit un objet de 30 centimètres!) part à la recherche de cadavres. Dès qu'il est découvert, cette joyeuse bande ne tarde pas à s'amener pour un festin collectif. Le vautour percnoptère, lui, ne vit pas en tribu. Ce migrateur venu d'Afrique du Nord à partir du printemps, qui plane et qui vole, se contente de plus petites charognes (rats, écureuils, serpents...). Et, lorsqu'il y a pénurie, il n'hésite pas à gober quelques excréments. Derrière lui enfin, apparaît le plus incroyable de tous, le gypaète à qui quelques brins de moustaches posés audessus du bec ont valu le surnom de "barbu". Moins répandu que tous les autres charognards, son rôle est unique. Il ne se nourrit que... d'os. Les plus petits lui servent d'entrées qu'il digère sans problème, les plus gros lui offrent un festin de moëlle. Souvent, la force de son bec ne suffit pas à briser cet appétissant menu. Aussi, il n'hésite pas à porter sa ration très haut dans le ciel et à la faire tomber sur un rocher. Ainsi brisé, l'os deviendra plus facilement ingérable. Parfois, ce travail de précision et de patience peut prendre de nombreuses heures à cet artisan qui finit de nettoyer la montagne. Dans cette chaîne essentielle, on aurait pu aussi citer les corbeaux de montagne, les corneilles, les chocards, ou les grands corbeaux.
Chacun passe à son tour sur telle ou telle charogne. Ils nettoient les proies laissées par les rapaces tels le milan, la buse, le circaète Jean-le-Blanc, le faucon pèlerin, l'aigle royal, bien sûr, ou le faucon crècerelle. est particulièrement intéressant. Il s'attaque surtout aux petits rongeurs (campagnols, souris, musaraignes) voire à quelques amphibiens, lézards ou insectes. Sa technique de chasse est assez spectaculaire. A l'affût en l'air, en faisant du surplace, on dit qu'il fait "le saint Esprit". Mais lorsqu'il fond sur sa proie, il ne se fait pas prier et se montre tout aussi infaillible que ses grands cousins. Il est simplement un peu moins noble.
D'ailleurs, au contraire de l'aigle royal qui attache beaucoup d'importance à son logement, lui est beaucoup plus opportuniste et se contente d'anciens nids ou de cavités naturelles.
Parfois la vie passionnante de ces grands oiseaux a de quoi rappeler celle d'un mammifère bien connu de l'Homme.
Reconnaître les rapaces en vol
Le cingle est un passerau plongeur.
Les mammifères sont représentés par:
L'ours
Le loup
Les linx
Les marmottes
L'hermine
Le isard