Il faut pour étudier le creusement de Lombrive séparer deux zones distinctes d'étendues fort différentes.
-a) Les galeries d'entrée et la caougno de la Poupo simple dérivation souterraine de l'Ariège.Le geologue Trutat en 1896 y voyait la trace du passage d'un bras de glacier
(traces laissées par la glace, sous forme de coups de gouges sur les parois)
Le passage du glacier lui-même est peu probable mais celui d'un fort courant d'eau de fusion ou de surfusion est certain. En effet une partie de la moraine latérale du glacier extérieur a été entrainée,et déposée dans la galerie de la Poupe. Le granulo-classement de ce dépôt présente une succession, allant des galets de quelques décimètres à ceux de un et même deux mètres de diamètre. Alors que tout le sable a été entraîné plus loin.
-b)Le réseau interne de Lombrive-Niaux. Une explication a été donnée par A.E. Martel en 1928 (1).
"Jadis le Vicdessos (alt.541m) s'engouffrait dans Niaux(entrée 673 ou 668m) pour gagner l'Ariège en tunnel par Lombrive. ...Dans Lombrive, il y eut jadis vers le sud-est
une cascade de 45m de hauteur(passage des Echelles 643-598m) suivie d'un siphon très bas(596r~et d'un débouché à plusieurs orifices(586-606m) sur l'Ariège aujourd'hui à 485 m. Mais en même temps, le flot souterrain débouchant de la galerie de Marbre bifurquait vers le nord-ouest (comme la Piuta d'Adelsberg) et s'écroulait pour partir dans un étage inférieur par un abîme intérieur (gouffre Garrigou), creux de 41m (625-584m).
L'approfondissement du Vicdessos finit par drainer tout le courant par la grotte actuelle de Sabart (6o5m 555 m) qui l'a capturé.
... Les absorptions du plateau d'Arbiech ont dû être les premières pertes (préparant la grotte) de courant fort antique (tertiaire sans doute) circulant vers 800 à 900m d'altitude."
Cette explication est complétée par une note (2):
" Cette réelle histoire hydrologique de Lombrive rend compte de la présence des blocs et sables granitiques si abondants aux galeries de Niaux et de Lombrive, et provenant des massifs cristallins des vallées de Siguer et de Vicdessos; ils ont été roulés et triturés par le torrent externe et par les absorptions qu'avait capturées la grotte de Niaux, ils ont contribué à obstruer le siplion entre Niaux et Lombrive et même à remplir le fond du gouffre. "
L'explication donnée par Martel a été admise jusqu'à ce jour. Pourtant une étude en court de l'orientation des dépôts, une analyse du granulo-classement et surtout un relevé des ripple-markes (restées intactes) tend à prouver un creusement plus complexe avec des recoupements de réseaux au cours de leur enfouissement.
Le remplissage des galeries supérieures est formé uniquement de dépôts alluvionnaires provenant des zones cristallines en amont du massif..
L'analyse minéralogique du sédiment grossier de la galerie du Lion (galets et sables) nous montre cette origine:
- ga!ets : granit, pegmatite, leptynite, gneiss, ophite, grès, quartzite, silex, schistemaclifère, marbre, grauwke, staltites roulés.
- sables : :quartz, micas, calcite, fer, feldspath, silex, argile, etc
Les dessins "magdalenien" de la grotte de Niaux étant contemporains de la dernière glaciation (Wûrm), le courant qui a creusé le réseau Lombrive-Niaux ne peut dater de cette époque. Pour trouver des dépôts glacières à une altitude supérieure il faut remonter aux glaciations plus anciennes, Donau (1M dannées) ou du Gunz (700.000 ans). A moins que lorigine du réseau ne soit tertiaire (cf. Martel).
Voici pour terminer une explication de creusement donnée à la fin du Xxème siècle par Mr. Ramès (préhistorien) :
" Cette caverne doit sa première origine à une immense faille qui donne passage à des gaz acides, à des eaux thermales et acidulées qui en érodant et dissolvant ses parois, la tranformèrent en un immense couloir qui na pas moins de 4000 m Détendue ".
(1) La France Ignorée p.183
(2) La France Ignorée p.194 note 22